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Je vous partage aujourd’hui une nouvelle toile intitulée « Le comptable », réalisée en 2026, acrylique sur toile, 61 x 50 cm. Mais au-delà de sa simple présentation, cette œuvre ouvre une réflexion plus large sur une obsession profondément contemporaine, celle de la mesure invisible qui organise nos vies.



Amblard Modelaine Le comptable, 2026, acrylique sur toile, 61 × 50 cm
En la peignant, je pensais à cette habitude presque automatique que nous avons de tout évaluer, de tout équilibrer intérieurement. Pas seulement l’argent, mais aussi ce que l’on donne, ce que l’on reçoit, ce que l’on garde, ce que l’on pense mériter ou perdre. Comme si chaque relation, chaque geste, chaque échange devait entrer dans une forme de comptabilité intime.
Cette logique touche des dimensions immatérielles comme l’attention, le temps ou l’énergie. Elle fait écho aux réflexions de Marcel Mauss sur le don et le contre don, mais aussi à certaines pratiques artistiques où le chiffre et la répétition deviennent des langages. On pense à On Kawara, qui consignait le temps à travers des dates peintes, ou à Roman Opalka, qui a consacré sa vie à inscrire la suite des nombres pour rendre visible l’écoulement du temps.

Revisiter les années 1990 avec On Kawara – Sotheby’s

L’un des Détails de Roman Oplaka, dont chacun constitue une partie de l’oeuvre OPALKA 1965 – Archiver le présent
Dans « Le comptable », cette tentative de maîtrise est incarnée par une main qui cherche à organiser, à structurer, à donner une forme à ce qui lui échappe. Autour, les chiffres défilent, illisibles, comme un flux continu impossible à saisir. Les papiers s’accumulent, se superposent, sans jamais produire de clarté.
Cette saturation évoque les œuvres de Hanne Darboven, construites sur des systèmes numériques rigoureux, ou encore les accumulations d’Arman, où la quantité finit par produire du désordre plutôt que du sens. Ici, plus on tente de structurer, plus le réel se dérobe.

Vue de « Hanne Darboven Kulturgeschichte 1880–1983 (Histoire culturelle 1880–1983) », 2016–2017

Réveils 1960 par ARMAN au Museum of Contemporary Art de Chicago
Le titre agit alors comme une ironie. Ce « comptable » n’est pas celui qui maîtrise, mais celui qui se confronte à l’impossibilité de vraiment lire, compter ou équilibrer ce qui circule. L’œuvre met en tension notre besoin de mesurer avec la nature fondamentalement insaisissable de ce qui compte vraiment.
Dans cette perspective, la toile s’inscrit dans une tradition artistique qui interroge les systèmes de valeur et leurs limites, à l’image des travaux de Hans Haacke, qui dévoilent les structures économiques invisibles, ou des pratiques conceptuelles qui rendent perceptibles les cadres qui conditionnent nos façons de penser.
La toile est actuellement disponible. Pour toute information complémentaire, vous pouvez me contacter.